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Les droits du voisin selon la législation islamique

Cheykh Abdelaziz Al Fawzan

 

L’islam a instauré un code de vie en société unique en son genre, dont l’essentiel tend à la miséricorde et la douceur. Il s’agit d’un code qui se base sur l’entre-aide et la bonté, prohibe le péché et la transgression, et impose au musulman des prescriptions propres aux relations qu’il entretient avec chaque individu.

 

D’où, l’importance immense qu’Allah a accordé au droit du musulman envers son frère musulman, son proche parent, et son voisin.

 

Ainsi, l’observation du respect de ces droits constitue l’un des plus grands moyens permettant d’accéder au bonheur du musulman et au bien-être de la société.

 

En effet, les gens ne cessent de subir malheurs et épreuves de toutes parts, devant lesquels l’individu livré à lui-même ne saurait faire face qu’avec peines et efforts considérables, difficultés dont il se passerait s’il avait à ses côtés des frères qui l’entoureraient, lui viendraient en aide, et l’aideraient à régler les problèmes qu’il rencontre.

 

L’homme demeure faible lorsqu’il est seul, mais se sent plus fort lorsqu’il se trouve en présence de ses frères coreligionnaires, de ses voisins, et de ses proches.

 

De là, nous allons évoquer dans cet article les droits du voisin en Islam à travers les points suivants :

 

1 – La nécessité d’avoir un voisin

2 – Les types de voisins

3 – Les limites du périmètre du voisinage

4 – L’importance du droit du voisin

5 – Les différents droits liés au voisin

6 - L’importance de fréquenter ses voisins

 

 

1 – La nécessité d’avoir un voisin

 

L’islam a instauré un code de vie en société unique en son genre, dont l’essentiel tend à la miséricorde et la douceur.

 

Un code qui se base sur l’entre-aide et la bonté, prohibe le péché et la transgression, et impose au musulman des prescriptions propres aux relations qu’il entretient avec chaque individu. D’où, l’importance immense qu’Allah a accordé au droit du musulman envers son frère musulman, son proche parent, et son voisin.

 

Ainsi, l’observation du respect de ces droits constitue l’un des plus grands moyens permettant d’accéder au bonheur du musulman et au bien-être de la société.

 

En effet, les gens ne cessent de subir malheurs et épreuves de toutes parts, devant lesquels l’individu livré à lui-même ne saurait faire face qu’avec peines et efforts considérables, difficultés dont il se passerait s’il avait à ses côtés des frères qui l’entoureraient, lui viendraient en aide, et l’aideraient à régler les problèmes qu’il rencontre.

 

L’homme demeure faible lorsqu’il est seul, mais se sent plus fort lorsqu’il se trouve en présence de ses frères coreligionnaires, de ses voisins, et de ses proches. Aussi, les gens qui sont les plus proches de l’homme, qui se mêlent le plus à sa vie – en dehors de sa famille et ses proches parents – sont sans aucun doute ses voisins.

 

Il arrive parfois même que dans de nombreux cas, les gens entretiennent des liens très forts avec leurs proches voisins, qui sont souvent les premiers à leur porter secours en cas d’urgence.

 

C’est le cas lorsque l’on rencontre un problème soudain, ou lorsqu’il nous arrive un évènement grave qui nécessite un secours de toute urgence, c’est alors vers ses voisins que l’on se tourne immédiatement en raison de leur proximité.

 

De là, apparait la grande nécessité d’avoir des voisins, du droit immense de ce dernier, et l’influence que sa présence peut avoir.

 

De plus, le respect de son droit constitue l’une des plus grandes obligations en Islam et l’un des plus grands moyens d’entre-aide dans cette vie d’ici-bas permettant de surmonter les épreuves avec plus de facilité.

 

C’est aussi l’un des plus grands moyens qui permet aux musulmans d’œuvrer dans le bien et la bonté, et de se préserver des péchés et du mal.

 

Malheureusement, un grand nombre de gens négligent ce droit immense de nos jours, préoccupés par leur propre personne. Ils n’accordent pas au respect de ce droit son statut légitime en raison de leur ignorance à ce sujet, et à leur manque de foi.

 

Ainsi, la vie d’ici-bas s’est emparée de leur cœur, et les poussent à vivre dans le plus grand égoïsme. Ils se préoccupent uniquement de leurs intérêts et ignorent totalement les droits que leurs voisins ont à leur égard. Dépourvus du sentiment de fraternité envers leurs frères voisins et d’une éthique morale, leurs cœurs sont vides d’humanisme.

 

Il en est même parmi eux qui vont jusqu’à nuire à leurs voisins, se montrer injustes à leur égard, violer leurs intérêts, et manquer à leurs devoirs, conduits par leur amour sans bornes de la vie. Faute de se contenter d’épargner leurs voisins de toute malveillance, de violer leurs droits et de se montrer injustes à leur égard, ils ne manifestent aucune preuve de bienfaisance envers eux.

 

Les arabes de la période antéislamique se vantaient d’accorder une très grande importance au respect du droit du voisin, et de la sacralité de ces liens qu’ils ne violaient jamais. Puis, quand vint l’Islam, il affirma ce noble comportement et vénéra le droit du musulman envers son voisin, au point où ce dernier faillit jouir du droit à l’héritage.

 

2 – Les différents types de voisins

 

Allah dit : « Adorez Allah et ne Lui donnez aucun associé. Agissez avec bonté envers (vos) père et mère, les proches, les orphelins, les pauvres, le proche voisin, le voisin lointain, le collègue et le voyageur, et les esclaves en votre possession, car Allah n’aime pas, en vérité, le présomptueux, l’arrogant »[1].

 

Allah a cité conjointement dans ce verset l’ordre de lui vouer un culte  exclusif et la bienfaisance à l’égard de gens, parmi lesquels la bienfaisance à l’égard du voisin, qu’il soit musulman ou non, proche parent ou éloigné, voisin proche ou lointain.

 

Sa parole : « le proche voisin », désigne le voisin musulman et le « le voisin lointain » désigne le voisin non musulman. D’autres exégètes ont dit que ces deux termes faisait tout simplement allusion à la proximité ou à l’éloignement de celui-ci, que l’on considère voisin malgré la distance[2].

 

Néanmoins, tous ces sens sont authentiques et le verset les englobe et en indique les sens. De ce fait, tous jouissent du droit du voisin, bien que ce droit diffère en fonction de la nature de ces derniers.

 

L’imam Ibn Hadajr a dit : « Le terme voisin comprend le musulman, le non musulman, le véridique, l’ennemi, l’ascète, le pervers, le proche, l’étranger, le connu, l’inconnu, le proche voisin, l’éloigné, et jouissent d’un droit plus ou moins grand en fonction de leur nature. Le voisin qui jouit du plus grand droit est celui qui jouit du plus grand nombre de caractéristiques louables »[3].

 

 

De là, le voisin qui fait partie de ta famille proche a plus de droit que le voisin étranger ; le voisin musulman a plus de droit que le voisin non musulman, celui qui est à ta proximité a plus de droit que celui qui est éloigné.

 

A ce sujet, l’imam Al Boukhâri rapporte selon ‘Aicha qui interrogea le Messager d’Allah en ces termes : « Ô Messager d’Allah ! Auquel de mes voisins dois-je faire des cadeaux ? ». « A celui qui t’es le plus proche »[4].

 

Les textes scripturaires indiquent que les voisins sont de trois catégories :

 

1 – Le voisin qui jouit de trois droits, qui est le voisin musulman, de famille proche. Celui-ci jouit du droit du voisin, du droit du musulman et du droit issu des liens de parenté.

 

2 – Le voisin qui jouit de deux droits, qui est le voisin musulman. Celui-ci jouit du droit du voisin et du droit du musulman.

 

3 – Le voisin qui jouit d’un seul droit, qui est le voisin non musulman. Ce dernier jouit uniquement du droit du voisin.

 

 

3 – Les limites du périmètre du voisinage

 

Les gens de science divergent au sujet de la définition du voisin :

 

1 – Toute personne qui entend l’appel à la prière de la mosquée du quartier effectué de vive voix (sans haut-parleur) est considérée comme voisin, conformément à la parole de ‘Ali : « Quiconque entend l’appel à la prière est considéré comme voisin ».

 

2 – Le voisin est celui qui entend l’appel qui marque l’entrée en prière (al iqâma).

 

3 – Quiconque prie la prière de l’aube en commun avec toi est ton voisin.

 

4 – Les habitants du même quartier sont considérés comme voisins.

 

5 – Les voisins sont tous ceux qui habitent les quarante maisons de toute part. C’est l’avis de ‘Aicha, Al Awzâ’i, Al Hassan Al Basri, Az-Zouhrî et d’autres.

 

Cependant, l’avis le plus prépondérant indique que la définition du voisin revient à ce que les gens ont pour coutume de considérer en tant que tel, comme l’indique la règle légale qui stipule que : « Tout ce que la législation rapporte de manière absolue, sans en préciser les paramètres légaux, ni linguistiques, doit être défini par l’accoutumance des gens ».

 

De ce fait, tous les individus que les gens ont pour coutume de considérer voisin, doivent être considérer en tant que tel, et par conséquent jouir des droits qui leur sont propres, à savoir de se montrer généreux, être à leur disposition et éviter de leur nuire de manière quelconque.

 

4 – L’importance du droit du voisin

 

Allah dit : « Adorez Allah et ne Lui donnez aucun associé. Agissez avec bonté envers (vos) père et mère, les proches, les orphelins, les pauvres, le proche voisin, le voisin lointain, le collègue et le voyageur, et les esclaves en votre possession, car Allah n’aime pas, en vérité, le présomptueux, l’arrogant »[5].

 

Ainsi, Allah enjoint à la bienfaisance envers le voisin, quelque qu’il soit, proche ou éloigné, bon ou pervers, musulman ou non, chacun en fonction du lien de parenté et de son besoin.

 

De même, la Sounnah regorge de textes qui enjoignent à la bienfaisance envers le voisin, au respect de son droit, ordonne la générosité à son égard, et met en garde contre le fait de le nuire.

 

D’après ‘Aicha et Ibn ‘Omar, le Prophète a dit : « L'Ange Djibrîl n'a cessé de me faire des recommandations au sujet du voisin, au point que j'ai cru qu'il allait lui accorder une part de l’héritage »[6].

 

Selon Abdoullah Ibn ‘Amr Ibn Al ‘Ass qui après avoir sacrifié une bête s’adressa à sa famille en ces termes : « En avez-vous offert à notre voisin juif ? », à trois reprises et ajouta : « J’ai entendu le Messager d’Allah dire : « L'Ange Djibrîl n'a cessé de me faire des recommandations au sujet du voisin, au point que j'ai cru qu'il allait lui accorder une part de l’héritage »[7].

 

De même, le Prophète a dit : « Quiconque croit en Allah et au jour dernier, qu’il honore son voisin », et dans une version : « qu’il soit bienfaisant envers son voisin »[8].

 

Ces textes indiquent que la générosité envers le voisin et l’entretien de bonnes relations à son égard sont une marque de la foi et un attribut des croyants, et que celui qui ne fait pas preuve de générosité envers son voisin ne jouit pas d’une foi complète.

 

C’est en ce sens que Prophète a dit : « Par Celui qui détient mon âme entre Ses mains, nul n’est véritable croyant jusqu’à ce qu’il aime pour son frère (ou d’après une version) son voisin ce qu’il aime pour lui-même »[9].

 

Ainsi, le Prophète a clairement exposé dans ce hadith que la perfection de la foi ne s’avère chez le musulman, que lorsque ce dernier aime pour son voisin ce qu’il aime pour lui-même, et déteste pour son voisin ce qu’il déteste pour lui-même.

 

Plus encore, le Prophète nous explique que le meilleur des hommes est celui qui se comporte le mieux avec ses voisins et son ami. En effet, dans un hadith le Prophète a dit : « Les meilleurs amis auprès d’Allah sont ceux qui usent d’un bon comportement mutuel, et les meilleurs voisins auprès d’Allah sont ceux qui en font de même »[10].

 

Ce hadith représente donc une véritable balance qui permet de classer les gens en fonction de leur mérite.

 

De là, une attitude remarquable à l’égard de ses voisins, mais aussi de ses amis et de ses camarades, est une indication de la place prestigieuse que mérite le musulman auprès d’Allah et de Son amour, qui plus est, demeure une preuve qu’il est le meilleur de hommes auprès d’Allah, et ce, selon le témoignage du Prophète.

 

D’après Abou Houreyra, le Messager d’Allah a dit : « Qui veut apprendre ces paroles pour les mettre en pratique ou les enseigner pour qu’elles soient mises en pratique ? ». Abou Houreyra dit alors : « Moi, ô Messager d’Allah ! ». Le Prophète dit alors : « Prend garde aux interdits d’Allah,  tu seras alors le plus pieux des hommes ; satisfais-toi de ce qu’Allah t’a accordé, tu seras le plus riche des hommes ; sois bienfaisant à l’égard de ton voisin, tu seras un vrai croyant ; aime pour les gens ce que tu aime pour toi-même, tu seras musulman ; évite de rire avec excès, car cela tue le cœur »[11].

 

Ici, le Prophète nous indique que la bienfaisance à l’égard des voisins est une marque de la véracité de la foi de l’individu, et constitue l’une de ses branches.

 

Cette attitude demeure par ailleurs l’une des causes de l’augmentation de la foi du croyant. Certains sages ont dit : « Il y a trois choses qui lorsqu’elles sont présentes chez un homme, prouvent sans l’ombre d’un doute son mérite et la perspicacité de son esprit, parmi lesquelles, les éloges que font de lui ses voisins, ses proches, et ses amis ».

 

5 – Les différents droits liés au voisin

 

Le droit du voisin pourrait être classé en trois degrés d’ordre différents : le plus bas degré consiste à l’épargner de toute nuisance, puis, supporter ses nuisances, enfin, l’honorer et user de bienfaisance à son égard.

 

1 – Epargner son voisin de toute nuisance, c’est le droit minimum que le musulman a sur son voisin. Quand bien même, le musulman ne fait pas preuve de bienfaisance à l’égard de son voisin, n’empêche que le minimum qui lui incombe reste de l’épargner de toute nuisance. Allah dit : « Et ceux qui offensent les croyants et les croyantes sans qu’ils l’aient mérité, se chargent d’une calomnie et d’un péché évident »[12].

 

Que donc dire s’il s’agit d’un voisin croyant ! Dans ce cas, le péché est d’autant plus grand. Et c’est pour cette raison que le Prophète a dit : « Quiconque croit en Allah et au jour dernier, qu’il ne nuise pas à son voisin »[13].

 

Et comme le rapporte l’imam Al Boukhâri dans son recueil authentique, le Prophète  a dit : « Par Allah il n’est pas croyant, Par Allah il n’est pas croyant, Par Allah il n’est pas croyant ». « Qui donc, ô Messager d’Allah », s’écria-t-on. Et le prophète de répondre : « Celui dont le voisin n'est pas à l'abri de ses conduites blessantes »[14].

 

Et dans une version selon Mouslim : « N’entrera pas au Paradis, quiconque dont le voisin n’est pas à l’abri des nuisances »[15].

 

Ainsi, le Prophète jura à trois reprise en rejetant la foi de celui dont le voisin n’est pas épargné des nuisances, tout comme il a affirmé qu’il n’entrerait pas au Paradis. Cette menace sévère a pour origine la grandeur du droit du voisin en Islam, et indique par ailleurs que nuire à son voisin fait partie des grand péchés.

 

Cependant, il est bien connu que les gens de la Sounnah considèrent que le musulman endossant un grand péché est toujours croyant, mais que sa foi est incomplète. Dans cette vie, il n’est pas dépourvu de l’origine de sa foi, mais ne se voit pas non plus attribué une foi complète et absolue.

 

Quant à son sort dans la vie future, ils considèrent qu’il dépendra de la volonté d’Allah, Il lui  pardonnera ou le châtiera selon Sa volonté et en fonction de la nature de son péché. Ensuite, sa demeure finale sera obligatoirement le Paradis, et ne s’éternisera pas en Enfer s’il y est entré, comme c’est le cas de mécréants.

 

D’autre part, les gens de science expliquent les ahâdîths niant la foi et l’entrée au Paradis de quiconque aurait endossé certains grands péchés par l’argumentation de deux points :

 

– Ces récits concernent celui qui commet ces péchés en les rendant licites, car en ayant la conviction de leur licéité malgré l’interdiction mentionnée clairement et de manière irréfutable par les textes scripturaires, cela reviendrait à démentir Allah et Son Prophète. C’est pourquoi, une telle personne commet une grande mécréance qui barre l’accès au Paradis.

 

– Le sens de cette réfutation concerne la perfection de la foi, et non pas la base de la foi qui elle, est toujours présente.

 

Cette réfutation indique que la foi d’une telle personne n’est pas complète, et la réfutation de l’entrée au Paradis signifie qu’il n’y entrera pas avec les premiers croyants, mais sera peut-être exposé à l’Enfer [selon la volonté d’Allah], afin d’être purifié de ses péchés et pouvoir entrer au Paradis.

 

Certains ont ajouté un troisième élément d’argumentation en disant qu’il s’agit de propos sévères tenus dans le but de mettre le musulman en garde, mais que le sens apparent n’est pas voulu.

 

Néanmoins, il ne faut pas non plus dédaigner les avertissements mentionnés dans les textes sous prétexte qu’il n’est pas question de grande mécréance, comme le souligne le savant Abou ‘Oubeyd Al Qâssim ibn Sallâm en ces termes : « Qui est pire que celui qui cherche à interpréter les paroles du Messager d’Allah et de ses compagnons, en faisant de tout ce qui a été rapporté au sujet de la religion d’Allah comme avertissement, des paroles à prendre au second degré, ce qui conduit à annuler toute sentence, car si tel est le cas pour l’une d’entre elle, cela pourrait l’être pour toutes les autres ».

 

Quelques ahâdîths

 

Le Messager d’Allah a dit : « Les premiers à s’expliquer au sujet de leur dispute le jour du jugement seront deux voisins »[16]. Ce hadith indique qu’Allah vengera le musulman des injustices qu’il a subit de la part de son voisin, et que ce sera le premier sujet de dispute à être exposé, ce qui prouve la gravité de se montrer injuste envers son voisin, ou de manquer au respect de ses droits.

 

Selon Abou Houreyra : « Un homme vint se plaindre auprès du prophète de son voisin. Il lui demanda de patienter, et cela a eu lieu à trois reprises. Il lui dit alors : « Rentres chez toi et entrepose tes affaires dans la rue ». Il fit ce que le prophète lui recommanda et à chaque fois que quelqu’un lui en demandait la raison, il lui racontait ce que le voisin lui a causé comme tort. Ils commencèrent à faire des invocations contre ce voisin en le maudissant. Ce voisin finit par lui dire : « Reviens, tu ne me verras plus jamais de moi ce que tu détestes », et dans une version : « Reviens, par Allah je ne te causerai plus de préjudices »[17].

 

D’après Abou Houreyra : « On dit au Prophète : « Unetelle prie la nuit, jeûne la journée, mais cause des préjudices à ses voisins par sa langue. Le Prophète dit : « Il n’y a aucun bien en elle, elle est en Enfer ». Ils dirent : « Ô Messager d’Allah, telle femme prie la nuit, jeûne le jour, et ne cause aucun tort à ses voisins ». Il dit : « Elle fait partie des gens du Paradis »[18].

 

Il apparait donc clairement que ce hadith indique que le fait de causer du tort à ses voisins est un moyen qui mène le musulman en Enfer, et que l’épargner de tout préjudice conduit au Paradis.

 

Exemples de préjudices

 

Les formes de préjudices causés aux voisins sont nombreuses et les plus répandues sont : violer leur intimité, regarder leurs femmes, les espionner, trahir leurs secrets, propager de mauvaises paroles à leur encontre, violer leur honneur, monter les uns contre les autres, entacher leur réputation,  leur nuire par le volume de la musique, les voix élevées ou autre action interdite, particulièrement la nuit ou durant la sieste. Figurent également, la présence d’animaux ou d’oiseaux qui dégagent de fortes odeurs ou qui poussent des cris gênants, mettre les poubelles à proximité de leur porte, etc.

 

Ainsi, les pires de voisins sont ceux que l’on cherche à fuir en raison de leurs nuisances, desquels on s’éloigne à cause de leurs préjudices afin d’être épargner de leurs maux et leurs ruses. Pire encore, il est des voisins qui violent l’intimité de leurs semblables, ou vont jusqu’à voler leurs biens. A ce propos, le Messager d’Allah fut interrogé en ces termes : 

 

« Quel est le pire des péchés ? ». Il répondit : « C’est de donner des associés à Allah alors qu’Il t’a créé ». « Et ensuite ? ». Il poursuivit : « C’est de tuer ton enfant par crainte de ne pouvoir subvenir à sa subsistance ». « Et ensuite ? ». Il poursuivit : « C’est que tu commette l’adultère avec la femme de ton voisin »[19].

 

Selon Al Miqdâd Ibn Al Aswad, le Prophète a dit à ses compagnons : « Que pensez-vous de l’adultère ?’. Ils dirent: « C’est une chose qu’Allah et Son Messager ont rendu illicite, et ce,  jusqu’au jour du Jugement ». Il dit: « Commettre l’adultère avec dix femmes est moins grave que de le commettre avec la femme de son voisin ». Il dit ensuite: « Que dites- vous sur le vol? ». Ils dirent: « C’est une chose qu’Allah et Son Messager ont rendu illicite ». Il leur dit: « Voler dix maisons est bien moins grave que de voler la maison de son voisin »[20].

 

L’aspect gravissime mentionné ici, s’explique par le fait que la plupart du temps, le musulman a une bonne connaissance de ses voisins, et peut plus facilement les trahir. Ainsi, violer l’intimité de son voisin en commettant l’adultère avec sa femme ou en lui volant ses biens, est beaucoup plus graves et reste un crime encore plus abject.

 

Le bon voisin est une cause de bien-être

 

C’est en ce sens qu’avoir de bons voisins qui veillent au respect de notre intimité, de nos droits par crainte d’Allah, fait partie des causes d’une vie heureuse. A ce propos, le Messager d’Allah a dit : « Il y a trois choses qui rendent vie heureuse : un bon voisin, une bonne monture et une grande maison »[21]. ‘Ali avait l’habitude de dire : « Le choix du voisin passe avant celui de la maison, et le choix d’un ami avant celui du chemin que l’on emprunte avec lui ».

 

Et certains sages ont dit : « Trois choses rendent la vie triste : un mauvais voisin, un enfant ingrat et une épouse au mauvais comportement ». C’est pourquoi le Messager d’Allah invoquait Allah de la sorte : « Ô Allah, je cherche refuge auprès de Toi contre le mauvais voisin sédentaire, car le voisin nomade lui, finit toujours par s’en aller »[22].

 

Il ordonnait également de chercher refuge contre son mal en ces termes : « Demandez refuge auprès d’Allah contre le mal causé par le voisin sédentaire, car le voisin nomade est susceptible de s’en aller quand il le désire »[23].

 

2 - Supporter ses nuisances, et cela consiste à passer sur ses erreurs. ‘Othmâne Ibn Zâ’id a dit : « Le bien-être se compose de dix parties, neuf d’entre elles consiste à ne prêter aucune attention aux erreurs des autres ». On fit part de cette parole à l’imam Ahmed qui souligna : « Le bien-être se compose de dix parties, toutes consiste à ne prêter aucune attention aux erreurs des autres ».

 

Ainsi, le musulman se met véritablement à l’abri du mal des gens uniquement lorsqu’il ignore leurs maux, leurs injustices, et passe sur ce qu’ils commettent comme erreurs intentionnelles ou non. Quiconque à qui Allah accorde un tel bienfait jouira d’un grand honneur.

 

Al Hassan Al Basri disait : « Le bon voisinage ne consiste pas à épargner ses voisins de tout préjudice, mais cela consiste à patienter face à leurs préjudices ». Et Allah décrit les pieux dans Son livre comme suit :

 

« [Ceux] qui dépensent dans l’aisance et dans l’adversité, qui dominent leur rage et pardonnent à autrui - car Allah aime les bienfaisants »[24], ce sont donc des gens qui font preuve de bienfaisance en passant sur les erreurs et en excusant autrui.

 

Allah ordonne l’équité et la bienfaisance lorsqu’Il dit : « Certes, Allah commande l’équité, la bienfaisance et l’assistance aux proches »[25]. L’équité désigne le fait de veiller à ses droits et de s’acquitter des siens envers les autres.

 

Quant à la bienfaisance, c’est le fait de laisser son droit, totalement ou en partie, et d’en faire plus qu’il n’en faut concernant le droit d’autrui.

De plus, les textes qui encouragent et ordonnent de pardonner et passer sur les erreurs sont très nombreux. Et si tel est le cas vis-à-vis des gens de manière générale, c’est d’autant plus le cas concernant les voisins.

 

Il a été rapporté que le Prophète a dit : « Allah aime trois choses, parmi lesquelles : un homme qui a un voisin de qui il subit des préjudices et patiente face à ceux-ci, et s’en remet à Allah qui lui suffira en causant son départ ou sa mort », et dans une version : « jusqu’à ce qu’Il les sépare par la mort ou le départ »[26].

 

Beaucoup de gens sont parfaitement capables d’épargner leurs voisins de tout préjudice, mais ne veillent pas ou n’essaient pas de patienter et supporter les torts causés par leurs voisins, quand bien même il s’agirait d’erreurs involontaires. Ils sont prêts à répondre au moindre préjudice, et rendent le mal qu’ils subissent en proportion deux fois plus grande et font du caillou une montagne, ce qui entraîne de gros problèmes, et de grandes discordes, et bien souvent il s’agit de choses futiles et dont l’objet ne fait aucun intérêt.

 

Or, s’ils s’efforçaient de patienter face aux préjudices, de passer sur les erreurs, et prenaient en considération les excuses que leur présentent leurs voisins, en ayant bonne une appréhension de ce que peuvent commettre ces voisins, en espérant la récompense auprès d’Allah pour le pardon, les situations ne s’envenimeraient pas à ce point.

 

Et combien de disputes éclatent entre les voisins à cause des différends qu’il peut y avoir entre leurs enfants, chose qui n’a rien d’étonnant. En revanche, si les parents usaient d’un peu de sagesse et s’efforçaient de pardonner, et reconnaissaient l’importance du droit des voisins, ce genre de disputes n’auraient jamais lieu. Il leur suffirait juste d’ignorer ces conflits et les enterrer pour éviter ce type de situations.

 

3 - Honorer son voisin et user de bienfaisance à son égard, ce qui implique un sens large comprenant de nombreuses formes de générosité que l’Islam a instaurées. A ce titre, tous les droits que le musulman a sur son frère, sont également dus à son voisin, et ce, de manière prioritaire, étant donné que le voisin jouit du droit issu de son Islam d’une part, et d’être voisin d’autre part.

 

Parmi les comportements témoignant de cette bienfaisance, on compte le fait de l’aimer, d’être doux envers lui, de le saluer, de le rencontrer avec un visage souriant, le visiter lorsqu’il est malade, de suivre son convoi funèbre, de le secourir s’il est opprimé, de l’empêcher de commettre de l’injustice dans la mesure du possible, d’être à sa disposition, lui venir en aide, lui faire des condoléances en cas de décès, le féliciter quand il faut, lui offrir des cadeaux, le conseiller, lui enseigner ce qu’il ignore de sa religion, l’exhorter, le soutenir dans l’obéissance à Allah, l’appeler à l’Islam et l’encourager à se convertir s’il n’est pas musulman, surveiller sa maison en son absence, ne pas se mêler de ses affaires, et préserver son intimité.

 

Ainsi, la mise en pratique de ces œuvres diffère en fonction des différentes situations, occasions, et états des voisins que le musulman possède, cela variera d’un voisin à un autre, selon qu’il s’agisse d’un voisin riche ou pauvre, malade ou en bonne santé, etc.

 

Par ailleurs, il peut s’agir d’une obligation collective qu’il incombe seulement à certains, qui dès lors qu’ils s’en chargent dispensent les autres ; ou il peut s’agir d’une obligation individuelle propre à tous ; ou encore d’une simple recommandation.

 

Cependant, on pourrait résumer tout cela en disant qu’il incombe de faire preuve de bienfaisance à l’égard de son voisin par tous les moyens possibles, en lui souhaitant le bien, et en aimant pour lui ce que l’on aime pour soi-même, et d’être bon envers lui, quelque soit la façon.

 

Ibn ‘Abbas a dit : « Il y a trois comportements que les arabes vantaient avant l’Islam, et que les musulmans sont plus en droit d’adopter : ils honoraient l’invité, ils se séparaient jamais d’une femme avec laquelle ils avaient passée la plus grande partie de leur vie, enfin ils s’empressaient de venir en aide à leur voisin lorsque ce dernier était touché par les difficultés d’une dette ».

 

D’après Abou Houreyra, le Messager d’Allah a dit : « Ô femmes musulmanes, ne négligez jamais d’offrir des cadeaux à votre voisine, quand bien même il s’agirait d’un pied de mouton »[27], c’est-à-dire que l’on doit pas méprisez ce genre de geste, même s’ils ont l’air anodins, car ce genre de gestes cultivent l’amour entre les voisins, et dissipent les rancunes qui peuvent exister dans les cœurs. De même, on ne doit pas mépriser ce que les voisins peuvent nous offrir comme présents, aussi petits soient-ils.

 

L’imam Ibn Hadjar a dit : « Ce hadith montre la grande importance d’offrir des cadeaux à ses voisins et de les accepter, petits furent-ils, et le pied de mouton n’est pas réellement voulu ici, car il n’est pas connu que les musulmans s’offraient cette partie du mouton en particulier.

 

Cela signifie plutôt qu’il ne faille pas qu’une femme se refuse à offrir un cadeau à sa voisine sous prétexte qu’il s’agisse d’une chose méprisable à ses yeux. Il convient plutôt de faire preuve de bonté en lui offrant ce que l’on peut, même s’il s’agit d’une chose sans grande valeur, car cela est mieux que de ne rien lui offrir du tout. C’est pourquoi il est fait mention dans le hadith du pied de mouton, dans le simple but de marquer l’importance de se montrer bon à l’égard de son voisin. D’autre part, il est possible que le sens indique aussi que la femme ne doit pas mépriser ce que lui offre sa voisine, mais le sens général prévaut sur cette hypothèse…

 

Ce hadith indique donc le caractère recommandé de s’offrir des cadeaux, aussi petits soient-ils, car il n’est pas toujours possible pour tous d’offrir des cadeaux de grande valeur. Ce hadith indique également la recommandation de cultiver de bonnes relations à l’égard de ses voisins et nous dispense de s’imposer de lourdes charges […].

 

C’est une manière de montrer l’importance d’entretenir de l’affection et de la douceur avec ses voisins. C’est comme le Prophète avait dit : pour qu’une femme aime sa voisine, elle se doit de lui offrir des cadeaux, même s’il s’agit de choses sans grande valeur. De cette manière, les gens sont tout à fait égaux, qu’ils soient riches ou pauvres.

 

Et le Prophète cite les femmes dans ce hadith, car ce sont elles qui sont le plus souvent sujets aux discordes, et ce sont celles qui réagissent le plus vite »[28].

 

D’après Abou Dharr, le Messager d’Allah a dit : « Ô Abu Dhar si tu cuisines un plat, fais en sorte que la sauce soit abondante pour que tu puisses en faire goûter tes voisins »[29].

 

L’imam Al Qourtoubi a dit : « Dans ce hadith, le Messager d’Allah nous encourage à adopter de nobles caractères, en raison de ce qui en découle comme relations affectueuses et bonne compagnie […].

 

Les gens de sciences affirment que sa parole : « fais en sorte que la sauce soit abondante », fait une allusion subtile à l’avarice, dans le sens où il est demandé de faire une sauce abondante en y ajoutant un élément sans grande valeur, l’eau, c’est pourquoi il n’a pas dit : « fais en sorte que la viande soit abondante », car cela n’est pas donné à tous ».

 

D’où, celui qui dort le ventre plein sachant que son voisin a faim, n’aura pas fait preuve de générosité. Le Messager d’Allah a dit : « Celui qui se couche en étant rassasié alors que son voisin a faim, n'est pas véritable croyant »[30].

 

6 - L’importance de fréquenter ses voisins

 

Il est des moyens permettant de s’acquitter pleinement du droit des voisins, surtout en ces temps où les occupations de la vie mondaine ont pris une place considérable.

 

Parmi les moyens pour arriver à ce faire, figurent les rencontres entre voisins de manière fréquente, en se réunissant tous les mois ou tous les deux mois chez l’un d’entre eux à tour de rôle, rencontres ayant pour but d’apprendre à mieux se connaître,  tisser de liens, et cultiver des rapports affectueux et amicaux.

 

C’est aussi une occasion d’être au courant de la situation de chacun de façon permanente, et ainsi partager avec ses voisins les bons et les mauvais moments, de visiter celui qui est malade, venir en aide si besoin est, de se conseiller mutuellement.

 

En se fréquentant régulièrement, les voisins peuvent réellement apprécier l’état du quartier, et le cas échéant palier aux éventuels besoins que requiert la vie de quartier, tels que la présence de problèmes éthiques, de négligence de la prière en commun, de réunion malsaine, d’actes malveillants comme les agressions, les vols et les rodéos de voitures sur la voie publique. Tout ceci entre dans le sens général du principe d’entre-aide dans le bien et la piété, et fait partie de la bienfaisance à l’égard des voisins.

 

De plus, il est impératif que chacun se préoccupe de l’éducation de ses enfants, en veillant à créer l’atmosphère la plus propice à une éducation pieuse, qui permettra de les préserver des maux et des turpitudes qui font ravage dans certains quartiers, et ce, en raison de la négligence de nombreux voisins dans l’éducation de leurs enfants, et notamment le manque de soutien à aux parents parfois dépassés, ainsi que le manque d’efforts dans l’instauration d’un climat favorable à la purification des âmes, et à la réforme des comportements, qui les encouragera à se concurrencer à œuvrer dans le bien et à s’éloigner du mal.

 

Ainsi, il incombe à tous, de parfaire le rôle de chaque ménage et chaque école au sein de la vie de quartier, de s’entre-aider dans l’éducation, et tout particulièrement au sein des mosquées qui doivent jouer un rôle très actif qui passe par l’organisation de cercles d’apprentissage, de mémorisation du Coran, d’exhortations et de rappels. Les mosquées doivent constituer de véritables centres d’orientation pour tous les fidèles et les habitants de chaque quartier.

 

[1] Sourate 4 Les femmes verset 36

[2] Voir Tafsîr Ibn Kathîr 1 p.495

[3] Voir l’ouvrage « Fath Al Bâri » 10 p.441

[4] Rapporté par Al Boukhâri (2441)

[5] Sourate 4 Les femmes verset 36

[6] Rapporté par Al Boukhâri (5668) et Mouslim (2624)

[7] Rapporté par Abou Dâoûd (5152) et At-Tirmidhi (1943)

[8] Rapporté par Abou Dâoûd (5673) et At-Tirmidhi (48 et 47)

[9] Rapporté par Mouslim (45)

[10] Rapporté par At-Tirmidhi (1944)

[11] Rapporté par At-Tirmidhi (2305)

[12] Sourate 33 Les coalisés verset 58

[13] Rapporté par Al Boukhâri (5787) et Mouslim (47)

[14] Rapporté par Al Boukhâri (5670)

[15] Rapporté par Mouslim (46)

[16] Rapporté par Ahmed (17410)

[17] Rapporté par Abou Dâoûd (5153)

[18] Rapporté par Ahmed (9673)

[19] Rapporté par Al Boukhâri (4207) et Mouslim (86)

[20] Rapporté par Ahmed (23905)

[21] Rapporté par Ahmed (15409)

[22] Rapporté par Ibn Hibbân (1033)

[23] Rapporté par An-Nassâ’i (5502)

[24] Sourate 3 La famille d’Imrân verset 134

[25] Sourate 16 Les abeilles verset 90

[26] Rapporté par Ahmed (5/151)

[27] Rapporté par Al Boukhâri (2467) et Mouslim (1030)

[28] Voir l’ouvrage « Fath Al Bâri » (10/445)

[29] Rapporté par Mouslim (2625)

[30] Rapporté par Al Boukhâri dans « Al adab al moufrad » (112)

 

 

Copié :

 

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